Pierre-Joesph Proudhon. L'anarchie sans le désordre, Thibault Isabel

"Formidable introduction à la pensée, à l’homme et à l’héritage intellectuel d’un philosophe pas comme les autres" Editions Autrement

Pierre-Joseph Proudhon Isabel Onfray Autrement



Pierre-Joseph Proudhon.Thibault Isabel, Michel Onfray, éditions autrementLe philosophe historien retrace la pensée politique de Pierre-Joseph Proudhon, anticapitaliste déterminé prônant une forme de démocratie libérale qu'il nomme anarchie.
  • Titre : Pierre-Joseph Proudhon. L'anarchie sans le désordre
  • Préface : Michel Onfray
  • Format : Broché
  • EAN 13 : 9782746745452
  • ISBN : 978-2-7467-4545-2
  • Éditeur : Autrement
  • Collection : Unversités populaires & Cie
  • Nombre de pages : 208
  • Dimensions : 20 x 12 cm
  • Date de parution : 31 mai 2017
  • Prix public : 18,50 euros

La nébuleuse antilibérale a été dominée tout au long du XXe siècle par l’idéologie communiste. On oublie pourtant que Pierre-Joseph Proudhon fut autrefois la tête de proue des milieux contestataires, lorsque Karl Marx était encore considéré comme un philosophe marginal. 

Bien que farouchement opposé au capitalisme, Proudhon refusait le sectarisme doctrinal et la dictature prolétarienne. Il prônait une forme de démocratie fédérale qu’il nommait « anarchie », afin de rendre le pouvoir au peuple et d’abolir le salariat. Fier de ses origines provinciales, il voulait restaurer l’autonomie des communes contre l’État jacobin. Épris de justice, il voulait mettre un terme au règne de la finance et de la grande industrie. 

Presque trente après la chute du mur de Berlin, sa pensée retrouve une seconde jeunesse ; en pleine vague de mondialisation néolibérale, elle dessine de nouvelles alternatives pour demain. 

Ouvrage disponible sur Krisis Diffusion et Eléments
Dédicace possible : à demander ici



  Table des matières

  • Préface
    Proudhon oui, et vite…
    Contre le ciel des idées matérialistes
  • Principales œuvres de Proudhon
  • Introduction
    Les travers de la modernité
  • Chapitre premier Vie et mort du père de l’anarchisme
  • Chapitre II Contre la prédation capitaliste
  • Chapitre III La double aliénation de l’homme moderne
  • Chapitre IV Vices et vertus de chaque régime politique
  • Chapitre V Le scepticisme idéologique de Proudhon
  • Chapitre VI L’équilibre des extrêmes
  • Chapitre VII Le fédéralisme intégral
  • Chapitre VIII L’individu, la commune et l’État
  • Chapitre IX Le protectionnisme
  • Chapitre X La théorie de la propriété
  • Chapitre XI Les principes philosophiques du mutuellisme
  • Chapitre XII Le travail coopératif
  • Chapitre XIII De la nécessité d’une morale
  • Chapitre XIV Avec ou sans Dieu ?
  • Chapitre XV La dialectique du réel
  • Conclusion Pour une révolution des esprits

Source: Bnfa



 Pierre-Joseph Proudhon


Revue de presse

Michel Onfray sur Onfray TV
Eugénie Bastié dans Le Figaro Magazine du 23 juin 2017
Natacha Polony sur Polony TV (lien ici) et sur le site du Comité Orwell
Etienne Chouard sur la chaîne Thinkerview et sur son site
Alain Santacreu sur Contrelittérature
Aristide Leucate sur Boulevard Voltaire
L'Action Française, 6 juillet 2017
Le Blog des Arts



Natacha Polony parle du livre de Thibault Isabel sur Proudhon
Accédez ici à la vidéo
«Quiconque essaye aujourd’hui de remettre en cause les dogmes néolibéraux se voit systématiquement renvoyé à un schéma d’opposition entre libéralisme et communisme. Il n’y a rien nous dit-on entre le monde actuel, c’est-à-dire le libre-échange absolu, et l’Union soviétique, c’est-à-dire le collectivisme. On retrouve là le pendant du vieux binôme «ouverture-fermeture». Sauf qu’il devient du coup intéressant d’aller chercher du côté des figures du socialisme non marxiste, c’est-à-dire de ceux qui portent une alternative véritable. Et c’est pour cette raison que le livre de Thibault Isabel (qui est philosophe et historien des civilisations, rédacteur en chef de la revue Krisis) est très intéressant. 
Il s’agit d’une biographie en forme de réflexion autour de la pensée de Pierre-JosephProudhon, L’anarchie sans le désordre, ouvrage préfacé d’ailleurs par Michel Onfray, qui se réfère lui-même à Proudhon depuis longtemps. Thibault Isabel défend l’idée d’une démocratie fédérale que Proudhon appelait « anarchie » et qui n’a rien à voir avec l’absence de régulation ou la loi de la jungle. En fait, Proudhon s’appuie sur des individus autonomes. Il se tient du côté des communes plutôt que de l’État jacobin, c’est-à-dire le contraire de ce marxisme ultracentralisé qui va lui faire concurrence. Voilà pourquoi Proudhon a été systématiquement caricaturé par Marx et ses disciples. Il ressort de tout cela une réflexion profondément actuelle. Par exemple sur la critique du libre-échange, sur le protectionnisme, sur la différence entre l’anarchisme proudhonien et le libertarisme des utopistes américains de la Silicon Valley, sur l’enracinement dans la terre et le lien à l’environnement, développements absolument passionnants qu’on ne soupçonnerait pas, et qu’on trouve pourtant ancrés dans la réflexion de Proudhon. N’oublions pas non plus les développements sur l’économie mutuelliste, c’est-à-dire tout ce qui peut recréer et ressouder les liens de solidarité entre les ouvriers. C’est là un véritable programme politique, en fait, qui démontre que le fameux TINA («There is no alternative») brandi par Margaret Thatcher en son temps, et brandi aujourd’hui par les néolibéraux, ne tient pas une seconde!»


https://youtu.be/DROqR_7EKvs?t=1h8m31s
Voir l'extrait de l'émission


Etienne Chouard Proudhon anarchisme







4 août 2017
Thinkerview : interview
d'Étienne Chouard en direct

BIBLIOGRAPHIE: 
La documentation correspondant à cet entretien est disponible sur le site d'Etienne Chouard. Le PDF est ici.



A lire dans revue Éléments n°166        

Pierre-Joseph Proudhon Isabel Onfray Autrement Eléments


Pierre-Joseph Proudhon Isabel Onfray Autrement Eléments


Entretien sur la pensée de Pierre-Joseph Proudhon


Françoise : Bonjour Thibault Isabel, vous avez sorti en juin dernier un livre sur Pierre-Joseph Proudhon. Pourriez-vous le présenter et expliquer les raisons de ce livre ?

Thibault Isabel : Depuis l’effondrement du communisme, le monde moderne vit dans l’idée qu’il n’existe plus d’alternative viable au libéralisme. « There is no alternative », disait déjà Margaret Thatcher. Or, nous oublions tout simplement que ces alternatives existent toujours, à condition d’en revenir au socialisme pré-marxiste, qui n’avait rien à voir avec le collectivisme stalinien. Proudhon offre une pensée contestataire à visage humain, incompatible avec le goulag et la dictature du prolétariat. Il nous permet de repenser le présent à la lueur des idéaux oubliés du passé. C’est pour cela qu’il est utile.

Françoise : Proudhon vient d’un milieu modeste et, toute sa vie, il devra travailler pour vivre : il sera ouvrier, puis deviendra rapidement travailleur indépendant en gérant sa propre imprimerie… En quoi cela a-t-il influencé ses réflexions ?


Thibault Isabel : Proudhon avait horreur du salariat. Il trouvait humiliant d’avoir à travailler pour un patron, de ne pas pouvoir conduire soi-même sa propre activité professionnelle. La vertu cardinale était à ses yeux la responsabilité, l’autonomie. Tout homme devrait être maître de ses actes et de sa destinée. C’est pourquoi le philosophe bisontin nourrissait un amour sans borne du travail indépendant. Toute sa doctrine économique et politique visait à rendre le travail plus libre, pour affranchir les individus de la domination des puissants.


Françoise : Proudhon – penseur de l’équilibre – est une référence pour des intellectuels venus d’horizons très divers. En quoi peut-on dire qu’il est transcourant, non conforme ? Quelles furent ses influences ? Ses héritiers ?


Thibault Isabel : Proudhon n’était ni capitaliste, ni communiste. Or, toute la pensée politique du XXe siècle a été structurée autour de cette opposition. Dès lors, la pensée proudhonienne nous paraît aujourd’hui inclassable, puisqu’elle n’est pas réductible à un camp clair et bien défini sur l’axe droite-gauche tel que nous le concevons. La plupart des héritiers de Proudhon échappaient eux-mêmes à ce clivage, comme le montrent très bien les non-conformistes des années 30, notamment les jeunes intellectuels personnalistes rassemblés à l’époque autour d’Alexandre Marc. Quant aux auteurs qui ont influencé Proudhon, il faudrait à vrai dire citer tous les pionniers du socialisme : Cabet, Owen, Leroux, Fourier, etc. Nous avons tendance à oublier qu’il existait alors une vaste nébuleuse d’intellectuels de grand talent.


Françoise : Longtemps après sa mort, l’écrivain catholique Georges Bernanos a pu dire de la civilisation moderne qu’elle était avant tout « une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». Quel point de vue Proudhon portait-il sur la Modernité et la philosophie du Progrès ?


Thibault Isabel : Proudhon défendait le progrès social, mais il ne croyait pas au Progrès linéaire de la civilisation. Il était même convaincu que le progressisme revêtait un caractère utopique et chimérique. C’est pourquoi il se disait simultanément partisan du progrès et de la conservation, parce que nous avons en réalité besoin des deux pour faire fructifier sainement toute société.

Françoise : Proudhon a tenu des propos particulièrement virulents à l’encontre des institutions ecclésiastiques mais se montrait en parallèle très conservateur sur le plan des mœurs. Quel était son rapport à la question religieuse ?

Thibault Isabel : Proudhon était passionné par la religion. D’abord élevé dans le catholicisme par sa mère, il s’est affranchi progressivement de la mystique théiste pour s’orienter vers une sorte de panthéisme, sous l’influence notamment de la franc-maçonnerie traditionnelle (et non bien sûr de la franc-maçonnerie laïque). Proudhon se sentait très proche des vieilles cultures païennes, et il s’intéressait en particulier au taoïsme, voire à la religion amérindienne, même s’il en avait une connaissance très sommaire.


Françoise : De la justice dans la révolution et dans l’Église, puis La pornocratie (paru incomplet et posthume), valent à Proudhon d’être considéré comme misogyne… Sa vision de la Femme et sa critique de la féminisation de la société sont-elles intrinsèques à ses réflexions économiques et politiques ?


Thibault Isabel : Non, très franchement, je ne le pense pas. Les propos de Proudhon sur les femmes, quoiqu’assez lamentables de mon point de vue, n’ont pas eu d’incidence sur sa pensée philosophique profonde. J’irais même jusqu’à dire qu’il n’a pas réussi à étendre les principes de sa philosophie à la question des sexes, ce qui lui aurait permis de préfigurer l’idée d’« équité dans la différence », chère à bien des féministes différentialistes contemporaines. Proudhon en était resté à l’infériorité constitutive des femmes, qu’il ne nuançait que dans de rares développements de ses livres.

Françoise : Les réflexions proudhoniennes sur la propriété sont aujourd’hui particulièrement galvaudées… Pourriez-vous éclairer sa fameuse phrase « La propriété c’est le vol » ?

Thibault Isabel : Proudhon était au fond un défenseur acharné de la petite propriété privée, qui lui semblait constituer un frein au développement du grand capital. Quand Proudhon affirme que « la propriété c’est le vol », il dénonce seulement l’accumulation du capital, c’est-à-dire le fait que les petits propriétaires indépendants soient peu à peu remplacés par de grands propriétaires capitalistes. Les premières œuvres de Proudhon restaient quelque peu ambigües sur cette distinction, mais les dernières œuvres rectifieront le tir d’une manière tout à fait explicite.

Françoise : On dit Proudhon socialiste, anarchiste mais peut-on également le considérer comme un précurseur de la Décroissance ?

Thibault Isabel : Stricto sensu, non, car, au XIXe siècle, il n’y avait guère de sens à réclamer davantage de frugalité pour lutter contre la dévastation écologique, dont les effets n’étaient pas aussi visibles qu’aujourd’hui. En revanche, Proudhon a incontestablement été l’un des grands précurseurs de la décroissance par sa philosophie générale. Il remettait en cause l’accumulation de richesses pour elle-même et privilégiait le qualitatif au quantitatif. On trouve également chez lui un rapport à la nature quasi-religieux.


Françoise : La Commune de Paris, survenue quelques années après sa mort, peut-elle être vue comme une tentative (consciente ou inconsciente) de mise en pratique de certaines de ses idées ?

Thibault Isabel : Assurément, d’autant que la majeure partie des communards étaient proudhoniens ! N’oublions pas que, jusqu’à cette époque, Proudhon était beaucoup plus célèbre que Marx… En revanche, la défaite de la Commune va mettre un coup d’arrêt à l’expansion du proudhonisme en France : beaucoup de proudhoniens perdront d’ailleurs la vie au cours des événements de cette période.


Françoise : Proudhon fut député socialiste et affirma qu’« Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle l’Assemblée Nationale pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent ». Quelle était sa vision générale de la Démocratie et de la Politique ?


Thibault Isabel : Proudhon n’aimait guère la démocratie parlementaire, qu’il jugeait technocratique et potentiellement dictatoriale. Il n’aurait eu aucun goût pour les « présidents jupitériens », par exemple. Proudhon défendait plutôt les démocraties locales et décentralisées, où le peuple s’exprime d’une manière beaucoup plus directe et participe au pouvoir.


Françoise : Proudhon considérait que la France est « le pays du juste milieu et de la stabilité… en dépit de son esprit frondeur, de son goût pour les nouveautés et de son indiscipline » et qu’en chaque français sommeille « un conservateur doublé d’un révolutionnaire ». Quel rapport Proudhon, fier franc-comtois, défenseur du fédéralisme et du principe de subsidiarité, entretenait-il à la Nation française ? à l’État français ?

Thibault Isabel : Proudhon n’aimait pas beaucoup la France, qu’il associait au jacobinisme, à la centralisation et au mépris des particularismes locaux. Il était plutôt régionaliste. Mais son fédéralisme impliquait la coexistence de différentes échelles de pouvoir, où la France aurait pu servir de strate intermédiaire entre la région et l’Europe. Proudhon estimait que la nationalité française était une abstraction et qu’elle ne correspondait à aucune patrie charnelle. Seules les régions avaient réellement grâce à ses yeux, parce qu’elles sont plus proches de l’homme. Le terroir, c’est ce qui nous entoure de manière immédiate et façonne concrètement notre manière de voir le monde.


Françoise : Quels sont les œuvres à lire en priorité de Proudhon ?
Thibault Isabel : C’est assez difficile à dire. Proudhon écrivait beaucoup, et il avait la fâcheuse habitude de diluer sa pensée dans d’interminables digressions qui ont parfois mal vieilli. Ses derniers livres sont à mon avis les meilleurs, et les plus synthétiques. Je recommande surtout Du principe fédératif, qui condense ses principales réflexions politiques autour de la démocratie.

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