Les idées à l'endroit, Alain de Benoist


Les Idées à l'endroit, éditions AVATAR, 2011 (en vente sur Krisis Diffusion)

 

Alain de benoist Les idées à l'endroit Krisis DiffusionLes idées à l'endroit, Alain de Benoist



En outre, passé, présent et futur ne sont plus des points distincts sur une ligne pourvue d'une seule dimension, mais au contraire des perspectives qui coïncident dans toute actualité. Le passé, remarquons-le, n'est jamais perçu comme tel qu'en tant qu'il s'inscrit dans le présent (les événements auxquels il se rapporte ne sont " passés " que dans le présent : lorsqu'ils se déroulaient, ils étaient présents). Il en va de même du futur. Ainsi toute actualité est-elle, non un point, mais un carrefour : chaque instant présent actualise la totalité du passé et potentialise la totalité du futur. Il y a tridimensionalité du temps historique. La question de savoir si l'on peut ou non faire "revivre le passé" devient caduque : le passé-conçu-comme-passé revit toujours dans tout présent ; il est l'une des perspectives grâce auxquelles l'homme peut élaborer des projets et se forger un destin.


Il ne suffit pas d'être né, il faut encore être « créé ». La création est postérieure à la naissance, on ne peut être « créé » que par soi. C'est ainsi que l'on se donne une âme. Maître Eckhart parle d'« autocréation » (Selbstschöpfung) : « Je fus la cause de moi-même, là où je me voulus moi-même et je ne fus rien d'autre. Je fus ce que je voulus, et ce que je voulus, ce fut moi ». Dans l'Edda (Hávamál, v), image d'Odhinn : lui-même à lui-même sacrifié. Un peuple fonde une culture quand il devient cause de lui-même – qu'il trouve en lui-même seulement (dans sa tradition) la source d'une perpétuelle nouveauté. De même l'homme : trouver en soi-même les causes de soi et les moyens d'un dépassement de soi.


Tous les hommes de qualité sont frères, n'importe la race, le pays et le temps.
Citation choisie citation du jour pour le 10 janvier 2011.


Les idées à l'endroit

Les idées à l'endroit, Alain de Benoist
Édition de 1979
Le livre Les Idées à l'endroit est paru en 1979. Dans l'œuvre d'Alain de Benoist, il suit directement Vu de droite. Alain de Benoist y regroupe un certain nombres d'articles (parus dans des revues) ainsi que des conférences.
La quatrième de couverture le présente comme « un jeune théoricien doté d'une curiosité encyclopédique ». Il a alors 36 ans. Il tient la chronique « mouvement des idées » au Figaro-Magazine. La présentation se poursuit ainsi : « doté d'une agilité conceptuelle redoutable et d'une indépendance d'esprit à faire frémir les fonctionnaires de la pensée, Alain de Benoist a une sorte de gaieté conquérante ». Il le prouve en écrivant en introduction une préface (de circonstance) dans laquelle on retrouve deux traits de sa personnalité : une rigueur et une précision dans l'exposé de sa pensée accompagnées d'un étonnement quasi juvénile contre la bêtise et la mauvaise foi de ses adversaires. Il termine cette préface par un appel (qu'il prolongera par l'intermédiaire de Krisis) envers la « gauche » : « la ND souhaite, en même temps que son propre renforcement, la naissance et le développement d'une nouvelle gauche, avec laquelle pourra s'engager sur le fond une discussion véritablement féconde ».

CITATIONS

Rien ne ressemble plus à une aurore qu’un crépuscule : seule la fraîcheur de l’air nous dit ce qu’il en est.
Parmi les causes de ce qu’on appelle habituellement le « malaise » des esprits, l’une des plus caractéristiques me semble être l’évacuation progressive de la substance de l’Etat. L’Etat se dépolitise. Non au sens de la « politique politicienne », plus présente que jamais. Mais au sens du politique. De l’essence du politique. L’Etat devient purement gestionnaire. Par là même, il se met en position d’être renversé par les pouvoirs qui se constituent en dehors de lui –et contre lui. L’Etat nie son propre principe, qui est un principe d’autorité et de souveraineté, pour ne s’occuper essentiellement que de problèmes économiques et sociaux. Mais les hommes ne vivent pas seulement pour leur pouvoir d’achat. Ils vivent pour tout autre chose. Jamais nous n’avons vécu dans une société aussi riche. Jamais le niveau de vie d plus grand nombre n’a été aussi élevé. Jamais l’éducation n’a été aussi massive. En même temps, pourtant, jamais le malaise n’a été si grand, jamais la contestation n’a été si forte, jamais l’inquiétude n’a autant régné. L’Etat est devenu prisonnier du « principe du plaisir » : au lieu d’apaiser la revendication, toute satisfaction donnée à ceux qui réclament la rend encore plus aiguë. C’est que l’Etat a lui-même enfermé cette revendication dans l’enclos économique et social. Dans le domaine spirituel, l’Etat ne dit plus rien, ne propose plus rien, ne sécrète plus rien. Il ne trace l’ébauche d’aucun destin. Je dis que les hommes, une fois leur besoins élémentaires satisfaits, aspirent à un destin, aspirent à l’autorité que justifie un projet. Car seul un projet peut donner du sens à leurs vies. Or, l’Etat ne donne pas de sens. Il ne fournit pas des raisons de vivre –mais des moyens d’exister. (Rien n’a plus de valeur, mais chaque chose a un prix). Et dès lors que ce rôle n’est plus rempli par l’Etat, les sectes, les partis, les groupes de pression, les sociétés de pensée tendent à le remplir, dans le désordre et la confusion. Evacué de sa sphère naturelle, le politique resurgit partout.

Table des matières

  • Préface (de circonstance)
  • I. Le style : Le style, c'est l'homme - Fondements nominalistes d'une attitude devant la vie - 25 principes de « morale »
  • II. La Droite : Droite : l'ancienne et la nouvelle - La droite introuvable - L'erreur du libéralisme
  • III. Positions : Une nouvelle anthropologie - L'ordre ? - La tradition ? - L'élite ? - L'enracinement
  • IV. Les totalitarisme : Contre le racisme - Ni haine de race, ni haine de classe - Le totalitarisme égalitaire - La « différence », idée anti-totalitaire - Le « bolchevisme de l'Antiquité » - Monothéisme et totalitarisme
  • V. Des nouveautés ? : Les « nouveaux » philosophes - Les « nouveaux » romantiques - Les « nouveaux » économistes
  • VI. Culture : Le paradigme de la culture humaine - Le pouvoir culturel
  • VII. L'Europe : Sur une défaite américaine - Contre les superpuissances - L'ascension de l'Europe
  • Postface : Mai 1968 : Un dialogue entre Jean-Edern Hallier et A. de Benoist


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