L’uniformisation du monde, Ronald Wright




uniformisation du monde, Ronald Wright


Entretien : Né en 1948 à Londres, il vit sur la côte ouest du Canada, Ronald Wright a publié, entre autres, A Short History of Progress (traduit chez Hurtubise en 2006 sous le titre La fin du progrès), ainsi que Stolen Continents (Viking, Toronto 1992), qui traite de l’histoire de la colonisation des Amériques.


Michel Lhomme : Vous êtes un admirateur des peuples oubliés, comme les grandes civilisations indiennes d’Amérique du Sud, et vous avez souvent évoqué avec amertume le moment où les missionnaires chrétiens ont substitué le Christ aux anciennes divinités solaires (par exemple dans Time among The Maya, ou dans votre dernier roman, The Gold Eaters). «Le Christ est le Soleil qui brille sur le Pérou», écrivez-vous lorsque votre héros Huaman (que ses ravisseurs rebaptisent «Felipe») rentre chez lui avec le pourpoint triste et les bottes sauvages du chrétien espagnol, plutôt qu’avec ses plumes colorées. L’époque contemporaine est de plus en plus profondément marquée par les conflits culturels (the clash of civilisations) et les conflits d’identité. Doit-on tenter de résister à la globalisation? Et doit-on le faire sous une forme identitaire? Ou, comme vous semblez le suggérer à travers la trajectoire de Huaman, n’avons-nous pas d’autre choix que de nous adapter au «nouvel ordre mondial»?

Ronald Wright : Je déplore la disparition de la diversité culturelle, mais deux guerres mondiales nous ont montré à quel point il était dangereux de se barricader dans le nationalisme ethnique. Pour le meilleur et pour le pire, il n’y plus aujourd’hui qu’une seule gigantesque civilisation partout sur Terre. Nous pouvons tirer des leçons des civilisations du passé – de leurs erreurs, mais aussi de leurs réussites – et admettre que notre façon de faire les choses aujourd’hui n’est pas nécessairement la seule possible, ni la meilleure. 
uniformisation du monde, Ronald Wright
Les espagnols face aux Incas du Pérou
Pour prendre l’exemple des Incas du Pérou: lorsque les Espagnols sont arrivés, ils ont découvert un grand empire qui n’était certes pas une démocratie, mais où le pouvoir et ses structures dépendaient de la capacité des dirigeants à satisfaire les besoins fondamentaux de tous les citoyens. Les conquis-tadors n’ont trouvé ni pauvreté, ni sans-abri, ni mendiants. Cela leur a semblé un état de choses si peu naturel que certains en vinrent à se demander s’ils n’avaient pas pénétré par erreur dans le royaume de l’Antéchrist. Nous ne saurons jamais combien de temps le système inca aurait pu durer si l’on n’était pas venu le bouleverser; mais cette civilisation fut l’une des rares à s’être développée sans recourir à l’abject système de l’esclavage, en vigueur dans la Rome antique ou l’Amérique du XIXe siècle. Et je ne parle même pas de l’esclavage de facto imposé par le capitalisme du XXIe siècle.

Michel Lhomme : Comment la civilisation occidentale est-elle parvenue à imposer son mode de vie?

Ronald Wright : À l’époque des débuts de l’impérialisme occidental, l’Occident nous promettait d’assurer notre salut si nous adoptions «la seule et vraie foi». Depuis la révolution industrielle, ce même Occident affirme désormais que notre salut transite par la modernité: nous bénéficierons d’une prospérité sans cesse croissante fondée sur le progrès matériel. Mais nous avons fini par nous apercevoir que ces deux promesses étaient des mensonges. Le «seul et vrai Dieu» servait de paravent à l’exploitation des peuples non européens ; et l’utopie moderne est en train de s’évaporer, à l’heure où les richesses du monde s’accumulent entre des mains de moins en moins nombreuses, et où l’activité industrielle dégrade les équilibres naturels dont dépend la civilisation.

Michel Lhomme : Les États-Unis sont-ils toujours aujourd’hui le principal vecteur du «mode de vie occidental» et de la «modernité»?

Ronald Wright : Depuis les deux guerres mondiales, cette affirmation semblait vraie de deux façons. D’abord, du fait de la puissance politique et économique des États-Unis; ensuite, parce que la prospérité et la démocratie américaines étaient censées s’étendre à tous ceux qui adopteraient le mode de vie américain. Ce que nous n’avions pas compris, c’est que la prospérité et la liberté américaines n’avaient pas été fondées sur des principes altruistes, mais sur la conquête et le pillage du continent nord-américain, puis la conquête et le pillage de nombreuses autres régions du globe. Les Américains ont bâti un empire qui lui paie annuellement un tribut – sans pour autant adopter une forme ouvertement coloniale –; et cet empire est entretenu, à l’heure où nous parlons, par la présence militaire américaine dans plus de 150 pays. Mais je crois que l’hégémonie des États-Unis a atteint son apogée et qu’elle fait face maintenant à ses limites politiques, environnementales et économiques.


uniformisation du monde, Ronald Wright


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Pour approfondir la réflexion


Ronald Wright / Témoignage : Les ruines de la civilisation maya. Un avertissement pour les peuples modernes? Krisis 45 : Progrés? en vente sur Krisis Diffusion

1 commentaire:

  1. Quelle crédibilité accorder à cet article ? On dirait qu'on peut dire tout et n'importe quoi sur Internet du moment que tout le monde le fait. Certains déplorent que toutes les opinions passent pour se valoir. Mon impression est que tout est faux. Il n'y en a pas un pour dire la même chose que l'autre. Chaque auteur ne songe qu'à se démarquer pour choquer. Il n'y a aucun mouvement mais des micro-conflits.

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