Contre tous les racismes, Alain de Benoist (2/2)

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Article : 

Des préférences

Il est rare qu’un xénophobe ait la moindre idée des raisons positives pour lesquelles il pourrait être fier de ses origines. Or, cette fierté est chose légitime. Il est même normal qu’elle s’exprime sous la forme d’une préférence. Un fils préfère son père à tous les autres pères. Pourquoi ? Parce que c’est son père, et voilà tout. Cela ne s’explique pas. Mais ce fils ne déteste personne pour autant. Somme toute, c’était le principe qui prévalait à l’époque où l’on ne jugeait pas des hommes et des choses de façon désincarnée : Right or wrong, my country ! De même, je crois qu’il est bon et nécessaire pour chaque homme d’être fier de ses ancêtres, fier de son pays, fier des accomplissements de sa race. Je crois même qu’il est normal pour tout homme de préférer la culture à laquelle il appartient, pour la seule raison que c’est sa culture et qu’il en est l’héritier. Mais je crois aussi que nous pouvons tous nous consacrer à la défense et à l’illustration de la culture dont nous sommes les dépositaires sans pour cela en vouer aucune autre à la détestation.


Éléments :
Dans la pratique, est-ce qu’il ne sera pas très difficile de concilier l’exaltation de soi avec le respect des autres ?


Alain de Benoist :
Je citerai l’exemple du peuple juif. Mme Annie Kriegel disait de lui qu’il est un « peuple-prêtre » (Tribune juive, 18 octobre 1974). Est-ce vrai ? Il étonne en tout cas à bien des égards. Il est attentif à toutes les nouveautés, à toutes les révolutions, et, en même temps, il est conscient à l’extrême de son plus lointain passé. Nul peuple n’est, autant que lui, ouvert à l’universel. Nul, pourtant, n’est plus soucieux de préserver sa spécificité, sa culture, son identité. À lui seul, il administre la preuve que des sentiments apparemment contradictoires peuvent être réconciliés et dépassés. Il nous montre, par la même occasion, que cultiver un moi collectif est peut-être le meilleur moyen de contribuer à l’universel.


Éléments :
D’une telle attitude, est-ce qu’il résulte une nouvelle approche dans l’évaluation et le jugement des hommes ?


Alain de Benoist :
Il est tout aussi déraisonnable d’affirmer que l’appartenance ethnique ne compte pour rien dans la personnalité que de s’imaginer qu’elle explique tout. Dans la mesure où nous sommes appelés à porter des jugements, je pense qu’il est inévitable de constater l’appartenance des personnes aux ensembles dans lesquels ils s’intègrent et qui contribuent, de ce fait, à les situer. Mais je ne vois pas en quoi cela empêche d’apprécier leurs qualités ou leurs défauts personnels. On aurait d’ailleurs bien tort de croire qu’une approche inégalitaire du fait humain conduit automatiquement à des jugements dogmatiques. C’est précisément parce que nous savons, pour reprendre les termes employés par le professeur Jean Bernard au colloque « Biologie et devenir de l’homme », que « chaque homme est différent des autres hommes », qu’il est unique, irremplaçable, qu’il n’est l’« égal » de personne, que nous sommes tenus de l’apprécier dans toute la complexité de son individualité. Ce sont au contraire les courants de pensée égalitaires, universalistes, qui jugent les individus en fonction de leurs seules appartenances. Exemple : pour les idéologues marxistes, l’appartenance à une classe donnée induit un jugement de valeur a priori.


Éléments :
On pourrait, sur de telles bases, parvenir à une coexistence harmonieuse des cultures et des races ?


Alain de Benoist :
Ne tombons pas dans l’angélisme. Il y aura toujours des conflits. Ils font partie de la vie. Ils sont la vie. Mais les coexistences ont effectivement d’urgentes nécessités. Rien ne me paraît plus désastreux que de juger du problème racial dans l’abstrait. C’est ce que font presque toujours les racistes. La race leur apparaît comme une sorte d’entité idéale, et c’est en fonction de cette entité idéale, inactuelle, qu’ils déterminent leurs positions. C’est là tomber, au mieux, dans l’intellectualisme. Nulle théorie ne peut être séparée d’une praxis. À la base de toute praxis, il y a une réalité donnée à un moment donné. De même, la politique : art du possible. Or, il est à peu près certain, par exemple, que les destins de ces trois ensembles « blancs » que sont l’Europe, les États-Unis et le bloc soviétique, ne sont, à terme, en rien convergents. On peut le déplorer, mais c’est ainsi : un fait de géopolitique. À supposer que l’Europe veuille voir se briser la bipolarité née de Yalta qui l’empêche de trouver son unité, ce n’est pas vers les deux superpuissances qu’elle devra se tourner dans les années qui viennent mais bien vers la nation arabe et le peuple chinois, seules forces montantes susceptibles de restituer au jeu mondial des influences sa nécessaire pluralité. Les sympathies n’ont rien à faire en la matière. Il suffit de regarder une carte pour comprendre.


Éléments :
Passons à un autre aspect de la question. Que pensez-vous des données de la psychométrie, notamment des différences raciales de Q. I. (quotient intellectuel) ?


Alain de Benoist :
Dans la mesure où ces différences sont irréductibles aux explications par le milieu (et il semble bien qu’elles le soient), on ne peut évidemment pas les passer sous silence. Ce sont des données factuelles, à traiter comme telles. À condition, bien entendu, de s’entendre sur les termes. Aux États-Unis, Arthur R. Jensen distingue un niveau I de l’intelligence (intelligence concrète) et un niveau II (intelligence abstraite). Il constate qu’en moyenne, les Noirs performent moins bien que les Blancs au niveau II. En revanche, ils obtiennent des résultats supérieurs pour ce qui concerne la mémorisation, le comportement moteur, etc. Etant donné que chaque race a ses points forts et ses points faibles, de telles différences ne doivent pas surprendre. Somme toute, Jensen démontre, d’une façon scientifique, la justesse des propos de Léopold Senghor, qui caractérise la négritude par « une sensibilité profonde, s’accompagnant d’une réactivité immédiate », et qui oppose la « raison intuitive » du Noir africain à la « raison discursive » du Blanc européen.


Intelligence et caractère

D’autre part, fonder une supériorité absolue sur la seule intelligence, c’est faire de l’intelligence elle-même un absolu. Ce que je me refuse à faire, évidemment. Contrairement à ce que beaucoup de gens s’imaginent, l’intelligence ne recouvre pas la totalité des aptitudes mentales. Il faut aussi tenir compte du caractère. Il met l’intelligence en forme et, parfois, lui supplée. D’après les données dont nous disposons, il semble que les Japonais et les Chinois soient les peuples les plus intelligents du monde, c’est-à-dire ceux dont la moyenne de Q. I., statistiquement parlant, s’établit au plus haut niveau. Pourtant, dans l’histoire, la civilisation européenne a pris un plus grand essor que les civilisations de l’Extrême-Orient. C’est que l’intelligence n’a pas nécessairement joué le rôle principal. L’expansion européenne doit beaucoup plus probablement son ampleur à un certain goût de l’aventure, à un attrait pour la découverte, à une tendance à relever les défis du monde environnant, qui constitue l’un des traits spécifiques du caractère européen : caractère « prométhéen » ou « faustien », précisément.


Éléments :
Vous avez évoqué à plusieurs reprises cette « affaire Jensen » dans Nouvelle École. Quel écho avez-vous recueilli ?


Alain de Benoist :
Nous l’avons évoquée et nous l’évoquerons encore, car cela fait partie de notre travail d’informateurs. Pour l’équipe de Nouvelle École, dans le domaine de la recherche scientifique, il ne saurait y avoir d’interdits ou de tabous. Sans cela, c’est Galilée, c’est Lyssenko. Or, ce qui est remarquable dans cette « affaire Jensen », c’est qu’en France, il n’y a guère eu que Nouvelle École pour en publier les pièces. Aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, le débat est du domaine public. En France, il n’en est rien. Ce silence est lui-même révélateur. Il dénote, du côté des idéologies dominantes, des tendances très nettes au terrorisme intellectuel. Les travaux de Jensen, Hermstein, Eysenck, Shockley, etc., sont des travaux d’une grande valeur scientifique. Cela n’a pas empêché de faire à leurs auteurs un extraordinaire procès d’intention. Pour trancher, il suffirait de lire les livres et les articles incriminés. Malheureusement, dans le temps qu’on critique, on se garde bien de permettre au grand public de juger sur pièces. C’est une situation malsaine. J’ai quelques raisons de penser qu’elle est appelée à évoluer.


Éléments :
Que faut-il penser du métissage ?


Alain de Benoist :
D’abord que c’est une question délicate, et qu’à son sujet, le débat est loin d’être clos. Pour les politiciens, la cause, en général, est entendue. Il n’en va pas de même dans le monde savant. Certains chercheurs ont exprimé un avis favorable, soit parce qu’ils subissent l’influence de l’intelligentsia (la science est neutre, mais les scientifiques ne le sont pas toujours !), soit parce qu’ils croient pouvoir tirer cette conclusion de leurs travaux. D’autres, au contraire, expriment un avis défavorable. Comme il s’agit d’un problème très sérieux, ces divergences d’opinion incitent pour le moins à la prudence. À l’approche du biologiste, s’ajoute celle du sociologue et de l’historien. Il y a, sur notre planète, un certain nombre de pays où l’élément métis forme la majorité. Ce ne sont pas ceux, il faut bien le dire, dont la stabilité ou le niveau de développement peuvent servir d’exemples. Là encore, sans trancher définitivement, la prudence s’impose. C’est aussi une question de choix. Vaut-il mieux une planète où coexistent des types humains et des cultures variés, ou bien une planète dotée d’une seule culture et, à terme, d’un seul type humain ? On pourrait distinguer ici entre raciophobes et raciophiles. Les premiers souhaitent la disparition des races, donc l’uniformisation des modes de vie. Les seconds pensent que c’est la pluralité de l’humanité qui fait sa richesse, et qu’un monde où l’on retrouverait, sur les deux hémisphères, les mêmes villes, les mêmes immeubles, les mêmes magasins, les mêmes produits, les mêmes modes de vie, serait un monde incontestablement appauvri. Je n’ai pas besoin de vous dire où va mon sentiment, mais je reconnais que la réponse ne s’impose pas a priori. À plus forte raison, je ne vois pas comment on pourrait l’imposer au secret des consciences. Et dans tous les cas, je me range à l’avis de M. Alain Peyrefitte, lorsqu’il dénonce le conformisme selon lequel, « admettre la pluralité des races humaines c’est approuver les fours crématoires ».


Éléments :
Et l’immigration ?


Alain de Benoist :
Tous les sociologues savent que lorsque deux populations différant nettement du point de vue ethno-culturel vivent l’une avec l’autre, dès que l’on dépasse un certain seuil, il en résulte des difficultés de toutes sortes : discrimination, ségrégation, déculturation, délinquance, etc. C’est dans ce genre de difficultés que se débattent les États-Unis. Il va sans dire qu’elles nuisent profondément à toutes les communautés en présence, à commencer par les communautés minoritaires, qui sont, dès lors, fondées à exprimer leur indignation. Dans le problème de l’immigration, je distinguerai deux aspects. Tout d’abord, une question de principe. On dit que l’immigration est indispensable à l’économie. C’est possible, encore qu’il ne soit pas certain qu’on prenne toujours en compte les coûts marginaux. Quoi qu’il en soit, une telle affirmation revient à dire que les impératifs économiques doivent être considérés comme prioritaires par rapport à tous les autres. Ce n’est pas forcément évident. Nous sommes donc, à nouveau, devant une question de choix. D’autre part, à l’heure actuelle, la formule « indispensable à l’économie » signifie en clair « indispensable au maintien de la marge bénéficiaire des grandes entreprises ». On peut donc s’étonner de la voir employée par des organisations qui se déclarent « anticapitalistes ». Le rapport Massenet met l’accent sur un point important. Le recours aux immigrés n’est-il pas un recours à une énergie de substitution à l’innovation économique ? À terme, c’est l’innovation qui conditionne la compétitivité. Il y a là un risque de protectionnisme. Sous l’Empire romain, l’esclavage a freiné l’innovation, parce que, sur le moment, il était toujours plus facile d’avoir recours aux esclaves. Le retour à une telle situation serait inacceptable. Ensuite, il y a une situation de fait. On compte en France environ quatre millions de travailleurs immigrés, soit 6 % de la population totale. Ils contribuent pour 56 % à notre croissance démographique. Trop souvent, ces travailleurs sont traités en parias. Méprisés, exploités, parfois redoutés, ils vivent dans des conditions qui nous paraissent choquantes. Cette situation est odieuse. La présence des immigrés implique des devoirs réciproques. Il y a ceux qui veulent mettre « les Arabes dehors » et ceux qui, comme les gauchistes, parlent dans l’abstrait d’« hommes comme les autres » et, dès lors, refusent tout contrôle. On ne doit tomber ni dans la xénophobie ni dans l’ontologie révolutionnaire. Les autorités, pour la première fois, semblent d’ailleurs l’avoir compris. Enfin, il y a le problème des éléments douteux, qui causent un tort considérable aux véritables travailleurs. Ce problème relève d’une application très sévère de la loi. D’après l’Institut national d’études démographiques (INED), la pression exercée aux frontières du fait de l’immigration clandestine est appelée à se développer (dans les pays de l’Europe de l’Ouest, car dans les pays socialistes, aucune migration internationale n’est admise). Cette perspective est préoccupante, car elle peut engendrer des situations irréversibles. Méditons donc, pour faire bref, cette indication de l’INED : « La disparition de l’immigration dite sauvage est une des premières exigences pour une amélioration des conditions de vie et de travail des étrangers en France » (Population, juillet-octobre 1974).


Éléments :
Mais comment lutter contre la discrimination ?


Alain de Benoist :
Je prends le Larousse et je lis : « Discrimination : faculté, action de discerner, de distinguer ». Je suppose que ce n’est pas à cette discrimination-là que vous faites allusion : au sens strict, tout dans l’existence est discrimination, seule la mort ne l’est pas. Vous voulez plus probablement parler, toutes choses égales par ailleurs, de la discrimination de traitement dans l’ordre des droits élémentaires garantis à tout citoyen. Elle est effectivement condamnable, et il faut lutter contre les préjugés qui l’accompagnent. La prise en compte des différences est évidemment la condition première de son élimination. Dans le cas contraire, on aboutit à l’inverse du résultat recherché. C’est ce qui s’est passé aux États-Unis. Au moment même où l’on proclamait une égalité absolue, dans l’abstrait, on aboutissait à une ségrégation de fait contre laquelle il était pratiquement impossible de faire quoi que ce soit. Et puis, trop souvent, on risque d’arriver à une discrimination à l’envers…


Éléments :
Que voulez-vous dire ?


Alain de Benoist :
Ceci. La logique avec soi-même est l’une des formes de la franchise. Je suis pour la non-discrimination, pour la décolonisation, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais à une condition : c’est que la règle ne souffre pas d’exceptions. Si l’on est contre la colonisation, alors il faut être pour la décolonisation réciproque, c’est-à-dire contre toutes les formes de colonisation : stratégique, économique, culturelle, artistique, etc. On a le droit d’être pour le Black Power, mais à la condition d’être, en même temps, pour le White Power, le Yellow Power et le Red Power. Par dessus tout, je me méfie de l’unilatéralisme : c’est le signe n°1 de l’esprit partisan, au pire sens du terme. Or, nous assistons à certains paradoxes. Nous voyons des idéologues prendre position pour le respect de toutes les races. Sauf une : la nôtre (qui, par parenthèse, est aussi la leur). Je parlais tout à l’heure d’altéroraciophobie. Ici, c’est d’altéroraciomanie qu’il faudrait parler : autre déviation pathologique, à caractère plus ou moins masochiste. Les mêmes qui nous expliquent, non sans raison, qu’en brisant les habitudes mentales, les structures sociales et traditionnelles des pays du tiers-monde, la colonisation les a stérilisés, se font en Europe les adeptes de la pire néophilie, sacrifient tous les jours au mythe du « progrès » et invitent nos contemporains à rompre avec les « vieilleries » du passé. D’un côté, on nous dit que les Indiens et les Esquimaux ne peuvent pas résister à l’agression que représente le contact avec la civilisation occidentale. De l’autre on affirme que le mélange des peuples et des cultures est, pour les Européens, chose excellente et facteur de progrès. Il faudrait donc savoir s’il y a deux poids et deux mesures, et si, pour citer Orwell, tous les peuples sont égaux sauf ceux qui sont plus égaux que les autres ! Pour ma part, je ne vois pas pourquoi ce qui est excellent pour les Bororos ou les Guayaquis ne se révélerait pas au moins aussi bon pour nous. Ou bien alors, il faudrait admettre que certaines races sont plus douées que d’autres du point de vue des capacités d’adaptation. Mais ce serait alors de la discrimination.
« Si l’on dénonce, à bon droit, les ethnocides des primitifs par les Européens, écrit Raymond Ruyer, il ne faut pas interdire aux Européens de préserver leurs propres ethnies ». De leur côté, les dirigeants des communautés juives ne cessent de répéter que deux périls les ont toujours guettés dans l’histoire : les pogroms et l’assimilation. Leur mise en garde vaut la peine d’être écoutée. Elle se nourrit d’une sagesse qui vient de loin. Réaffirmons donc le droit des peuples à être eux-mêmes, le droit qu’ont tous les peuples à tenter d’atteindre leur plénitude, contre tout universalisme et contre tous les racismes.


Alain de Benoist, Éléments n°8-9, 1974


1. Relisant sur épreuves le texte de cet entretien, je crois nécessaire de donner ici une définition de l’ethnie. La notion d’ethnie participe à la fois de l’idée de race et de l’idée de culture ; elle implique une relative homéostasie historique et culturelle. L’ethnie se caractérise par l’identité des règles éthologiques qui génèrent, à travers des procédés transformationnels identiques, des conduites structuralement (qualitativement et statistiquement) identiques. C’est l’homogénéité de ce régime des règles transformationnelles qui institue la culture ethnique. Cf. à ce sujet : Bernard Guillemain, « Les fondements de l’éthologie collective. Abstraits fondamentaux pour l’ethnopsychologie » in Ethnopsychologie, Vol. XXIX, n° 2-3 (juin-septembre 1974) Le Havre.


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