Du rififi chez les partisans du genre, Thibault Isabel

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Krisis revue pluraliste de débats et d'idéesXavier Molénat, essayiste, sociologue, journaliste à AlterEco Plus (et ancien journaliste au magazine Sciences humaines), s’étonne visiblement que la revue Krisis ait publié dans son dernier numéro sur le genre des articles de Maurice Godelier et d’Agnès Giard. Il s’indigne que des intellectuels «classés à gauche» écrivent dans une revue qu’il étiquette quant à lui «à droite».

Voilà qui laisse assurément songeur. Monsieur Molénat n’a de toute évidence pas lu le numéro, qui accorde effectivement une place de premier choix à ces articles, particulièrement mis en valeur. La qualité de ces deux textes ne fait au demeurant aucun doute, ni leur adéquation à l’esprit général du numéro. Le fait que Maurice Godelier soit un des plus grands anthropologues français et qu’il ait développé certains aspects de sa pensée à partir de la philosophie marxiste ne l’a évidemment pas dissuadé d’écrire dans Krisis, qui n’est nullement l’organe de pensée d’une «école dogmatique», et encore moins une «revue de droite». Il en a été de même pour Agnès Giard, journaliste à Causette, Libération et au Nouvel Observateur. Krisis n’est ni une revue de droite, ni une revue de gauche : c’est une revue d’idées et de débats, qui publie des contributions d’auteurs venus de tous les horizons, dans un esprit de dialogue.

Plutôt que de penser, nombre d’hommes de médias préfèrent aujourd’hui lancer des anathèmes, voire des excommunications. Ils fustigent l’obscurantisme (dans lequel ils rangent toutes les opinions qui leur déplaisent), mais sont les premiers à raisonner à partir de préjugés. L’aveuglement devant les évidences leur tient lieu de lumières. Voltaire et Diderot doivent se retourner dans leur tombe.

Les débats sur le genre suscitent il est vrai des réactions épidermiques, dans tous les camps. La spécificité de Krisis est précisément de refuser l’hystérie ambiante, pour apporter de la nuance (ainsi qu’une meilleure compréhension réciproque des forces en présence). Je pense que nous y sommes parvenus. Des auteurs prestigieux aux opinions très différentes ont collaboré à ce dossier. Tous se rejoignent néanmoins il me semble dans leur désir d’éviter les amalgames simplistes et d’adopter une vision englobante du thème abordé.

Krisis revue pluraliste de débats et d'idées
Krisis Sexe(s)?/Genre(s)?
Les débats sur le genre méritent autre chose que des croisades et des inquisitions. Chacun défend les opinions qu’il croit juste ; mais l’intelligence n’a pas de couleur politique. Et, si les esprits de valeur ne s’accordent pas toujours sur les réponses, ils se rassemblent du moins autour d’une manière subtile de poser les questions. Les sarcasmes de Xavier Molénat sont d’autant plus injustifiés que les articles de Godelier et Giard expriment à mon sens des idées plutôt majoritaires dans le dossier.

Mais le seul fait de réfuter l’esprit de croisade gêne les partisans du politiquement correct de gauche, aussi bien d’ailleurs que les adeptes du prêt-à-penser de droite. Les zélateurs les plus fanatiques des «théories du genre» ont ceci de commun avec les psychorigides de la «manif’ pour tous» : ils vivent dans un monde binaire, peuplé de gentils et de méchants, où tous les problèmes se règlent à coups de slogans.

Il est temps de mettre un terme à cette apocalypse de la pensée. Les meilleurs intellectuels de l’Hexagone comprennent aujourd’hui que les forces de l’intelligence ne sont pas assez nombreuses pour être gaspillées en procès d’intention, luttes intestines et autres enfantillages. Krisis servira toujours de havre et de terre d’accueil à ceux qui veulent continuer de réfléchir sans se laisser intimider par quiconque, comme elle le fait d’ailleurs depuis 30 ans.
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