Comment sortir du chaos monétaire? Philippe Simonnot (2/2)


 Krisis 35 est en vente sur Krisis Diffusion

Article :


Alain de Benoist : Dans une note publiée le 22 novembre 2010, la Banque de France déclarait que l’étalon-or « n’offre pas, aujourd’hui, une solution praticable », ajoutant que sa réintroduction « se révèlerait probablement très dangereuse et déstabilisante pour l’économie mondiale ». Selon la Banque de France, la volatilité actuelle du cours de l’or pose déjà un sérieux problème : « En effet, la stabilité d’un système d’étalon-or dépend fortement de la stabilité du cours de l’or. Dans un système d’étalon-or, toute variation du prix relatif de l’or par rapport à celui des biens de consommation provoquerait une période d’inflation ou de déflation : si le prix relatif de l’or augmente, la valeur de la monnaie émise augmente aussi, ce qui provoque une baisse du prix des biens. » La conviction des partisans de l’étalon-or est qu’en arrimant les monnaies fiduciaires au métal jaune, on les stabilise. Mais encore faut-il que la valeur de celui-ci soit à peu près stable. Or, au cours des cinq dernières années, la valeur de l’or a augmenté de 185 %. L’once d’or, qui valait 35 dollars dans le système de Bretton Woods, frôle aujourd’hui les 1.400 dollars ! 


Le 18 novembre 2010, on lisait dans L’expansion : « Si la Fed décide coûte que coûte de lier le dollar au prix de l’or, la ruée sur le métal jaune est inévitable. La Réserve fédérale serait alors obligée de remonter ses taux d’intérêt pour rendre le billet vert plus attractif. On anticipe déjà les conséquences : baisse des exportations, resserrement du crédit, enclenchement de la spirale déflationniste et in fine ralentissement de l’activité. Une catastrophe en quelque sorte. » Dans ces conditions, l’arrimage monétaire recherché est-il possible ?


Philippe Simonnot : La Banque de France s’est disqualifiée dans cette note. Elle est la voix de son maître… La hausse du prix de l’or n’est que l’autre face de la dégringolade du dollar, due aux abus que le Système de réserve fédérale a fait de la planche à billets. L’once pourrait monter jusqu’à 2.400 dollars – l’équivalent du pic de 800 dollars atteint en 1980. A ce niveau, la convertibilité-or du dollar pourrait  être rétablie sans difficulté.


Alain de Benoist : Dans le système de l’étalon-or, l’évolution de la masse monétaire reflétant celle du stock d’or, la quantité de monnaie disponible est indépendante de l’activité économique. Pour un montant donné de transactions, c’est donc le niveau général des prix qui s’ajuste quand la quantité d’or disponible varie. (C’est l’inverse des politiques monétaires actuelles, qui laissent au contraire varier la quantité de monnaie disponible pour assurer une stabilité des prix.) Le fonctionnement idéal du système de l’étalon-or suppose donc un degré très élevé de flexibilité des prix, mais aussi des salaires. Est-ce politiquement et socialement supportable ?


Philippe Simonnot : Certainement moins insupportable, politiquement et socialement, que le chômage de masse auquel nous ont conduits la fausse monnaie et les faux investissements qu’elle a engendrés. Et n’oublions pas que la régulation de l’étalon-or est quotidienne, et donc beaucoup plus douce que les grands à-coups de la prétendue «politique économique».  


Alain de Benoist : Bien d’autres critiques ont été émises vis-à-vis de l’étalon-or. Ses adversaires estiment que l’or, du fait de sa rareté, n’a qu’un débouché industriel réduit, et qu’il ne rapporte rien aux investisseurs, contrairement aux actions ou aux obligations. D’autres font remarquer que la production d’or est concentrée entre les mains de deux pays, la Russie et l’Afrique du Sud, dont la stabilité n’est pas garantie, ou bien soutiennent qu’on ne peut accrocher toute l’économie mondiale à un stock d’or physiquement limité. Le système, disent-ils, possède un très fort « biais déflationniste », du fait que l’offre mondiale d’or, donc la masse monétaire mondiale, ne peut suivre le rythme de croissance du PIB mondial. Il existe d’ailleurs déjà un écart important entre la valeur officielle de l’or détenu par les banques centrales (1.300 milliards de dollars) et le montant total des dépôts bancaires mondiaux, c’est-à-dire la taille du système monétaire international (61.000 milliards de dollars en 2008). D’autres encore considèrent que, dans certaines circonstances, les ajustements de taux de change interdits par l’étalon-or sont indispensables. Que répondez-vous à ces objections ? Comment empêcher que la baisse des réserves d’or d’une banque centrale, qui entraînera évidemment une baisse de la masse monétaire, ne se traduise par un ralentissement de la production de biens et par une hausse du chômage ?




Krisis Chaos
Dialogue entre Alain de Benoist et Philippe Simonnot
extrait d'un article intitulé "Comment sortir du chaos monétaire?
 publié dans Krisis Chaos ?, en vente sur Krisis Diffusion.








Fourni par Blogger.